Sondage Présidentielle 2017 : Macron tire largement profit du retrait de Bayrou




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L’annonce de la non candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle et le retrait de Yannick Jadot au profit de Benoît Hamon (pour l’instant non pris en compte dans la dernière vague) impacte de manière non négligeable le rapport de force électoral mesuré quotidiennement par le Rolling Ifop-Fiducial. Pour autant, ces événements ne lèvent pas, loin s’en faut, les incertitudes sur ce scrutin présidentiel à deux mois du premier tour.

1) Le rapport de force électoral de premier tour : Emmanuel Macron tire largement profit de la décision de François Bayrou.

◾Emmanuel Macron apparaît indéniablement comme le principal bénéficiaire de son alliance avec François Bayrou après la décision de ce dernier de renoncer à une quatrième candidature à l’élection présidentielle. Avec 22,5% d’intentions de vote obtenus au lendemain de l’annonce de François Bayrou puis 23,5% recueillis vendredi 24 février, le score d’Emmanuel Macron progresse de 4,5 points comparé aux intentions de vote du début de semaine dans lesquelles François Bayrou était testé. Après cette alliance avec le président du Modem, Emmanuel Macron capte donc la majeure partie de l’électorat Bayrou et émerge à son niveau le plus haut depuis la mise en place du Rolling Ifop/Fiducial. Surtout, ce score se situe au-dessus de la barre de qualification pour le deuxième tour observé lors des précédents scrutins présidentiels. Au cœur de cette dynamique Macron occupant désormais pleinement l’espace central de l’échiquier politique réside sa capacité à capter les principaux électorats de 2012 : près de 40% des électorats présidentiels de François Hollande et de François Bayrou expriment une intention de vote Macron. Par ailleurs, en dépit de la dimension potentiellement « repoussoir » du maire de Pau en faveur de l’électorat de droite, 20% de l’électorat sarkozyste exprime le même choix.

Cette poussée en faveur d’Emmanuel Macron consécutive à l’annonce de François Bayrou conduit enfin à une amélioration de la sûreté du choix en sa faveur (44% en moyenne du 20 au 22 février vs 49% du 23 au 24). Pour autant, celle-ci demeure en deçà de celle observée auprès de ses principaux adversaires.

◾François Fillon tire également, quoiqu’à un degré moindre, bénéfice de l’annonce de François Bayrou. Les intentions de vote en sa faveur passent de 19% lors des trois premières mesures de la semaine à 20,5% jeudi 23 puis vendredi 24 février. Cette hausse directement liée à la décision du fondateur du Modem (François Fillon rallie près d’un tiers des électeurs Bayrou 2012) permet au vainqueur de la Primaire LR d’atteindre son score le plus élevé depuis le 1er février, jour du déclenchement du PenelopeGate. Pour autant, l’écart avec Emmanuel Macron, marginal en début de semaine, s’est accru au lendemain de l’annonce de François Bayrou pour atteindre 3 points ce vendredi, synonyme pour la droite de non qualification pour le second tour.

◾Néanmoins, divers indicateurs attestent d’une amélioration de la situation électorale de François Fillon. Celui-ci a progressé sensiblement auprès de l’électorat de plus de 65 ans, cœur de l’électorat de droite, atteignant par exemple 40% mardi 21 février. Par ailleurs, l’indicateur de pronostic de victoire longtemps très défavorable à François Fillon (-10 points entre le 1er et le 8 février en pleine tourmente liées aux affaires), se rétablit. Signe d’une croyance plus solide en la victoire finale du député de Paris, le pronostic en sa faveur passe sur ces huit derniers jours de 14% à 19%.

◾Marine Le Pen ne semble pas impactée par la clarification de l’offre électorale. La candidate du Front National demeure en pole position avec des intentions de vote s’établissant en moyenne à 26%, en dépit d’un recul de 0,5 point entre jeudi et vendredi. Il s’agira d’observer lors des prochaines mesures du Rolling Ifop-Fiducial l’effet des affaires entourant le Front National sur le potentiel électoral de Marine Le Pen, dans un contexte où les poursuites engagées par l’Union européenne pour emploi fictif des assistants parlementaires frontiste ont constitué cette semaine le 3ème sujet de conversation des Français (46%).

◾Cette semaine, les intentions de vote en faveur de Benoit Hamon ont reculé d’un point pour atteindre 13% ce vendredi alors que Jean-Luc Mélenchon reste encalminé à 11%. Ces deux candidats apparaissent désormais largement distancés du trio de tête avec une incertitude s’agissant de l’ordre d’arrivée entre eux. Jamais l’écart Hamon-Mélenchon n’a été en effet aussi ténu (2 points le 24 février) depuis le début du Rolling. Au-delà de ce match à gauche de l’échiquier politique, Benoit Hamon apparait, au cours du mois écoulé, au regard de l’évolution du rapport de force électoral, comme le grand perdant.

L’effet Primaire observé début février (18% d’intentions de vote recueillis lors de la mesure du 1er février) s’est quasiment estompé. Tout se passe comme si Benoît Hamon, pris dans ses approches ou négociations avec Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon le rendant peu audible par l’électorat, n’endossait pas le « costume » du candidat à l’élection présidentielle. Le retrait de Yannick Jadot à son profit annoncé jeudi 23 février constituera peut-être une opportunité pour le candidat du PS de sortie de cette spirale négative, enregistrée par le Rolling Ifop-Fiducial.

2) La démobilisation des électorats socialistes et frontistes amènent l’indice de participation à son plus bas niveau depuis le lancement du rolling Ifop

◾Le niveau de mobilisation évalué par l’Ifop en cette fin de semaine (60,5%) se maintient largement en dessous du niveau des taux de participation observés lors des précédentes élections présidentielles (81,4% en 2012, 85,3% en 2007, 72,8% en 2002). Il baisse même d’un point sur la semaine pour atteindre le plus faible taux de participation mesuré depuis le 1er février.

La baisse de l’indice de participation s’explique par une démobilisation des électorats socialistes et frontistes. Confiants la semaine dernière dans leur volonté de participer au premier tour de l’élection présidentielle, une part importante des électeurs socialistes se démobilisent (42% déclarent vouloir s’abstenir lors du premier tour, +11 points). L’électorat frontiste doute également, l’indice de participation passant de 77% la semaine dernière à 70% aujourd’hui. Cette baisse peut s’expliquer par la démobilisation de catégories favorables à la candidature de Marine Le Pen mais aussi le rejet du système politique tel qu’il apparait à travers les récentes affaires et polémiques impactant la campagne. On retrouve par exemple les ouvriers (58%, -6 points d’indice de participation), les Français dont le niveau de diplôme est inférieur au baccalauréat (61%, – 6 points) ou encore les chômeurs (54%, – 10 points). A noter que le bond significatif de mobilisation observé chez les sympathisants d’En Marche (70%, +9 points) ne suffit pas à équilibrer l’indice de participation. Il sert en revanche à soutenir la dynamique observé dans les intentions de vote pour Emmanuel Macron.

3) Un niveau de certitude stabilisé depuis une semaine chez la plupart des électeurs des principaux candidats.

◾Le niveau de certitude de l’électorat s’est stabilisé au courant de cette semaine passant de 59% au 17 février à 60% aujourd’hui. A neuf semaines du 1er tour, le niveau de solidité des intentions de vote reste donc inférieur à ce que l’Ifop pouvait observer à la même époque lors de la précédente campagne présidentielle : 60% cette année, contre 62% le 24 février 2012.

Les électeurs de Marine Le Pen demeurent les plus certains de leur intention de vote à 79% (+1 point en une semaine). Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, à 60%, et les électeurs de Benoit Hamon, à 48%, stabilisent leur choix depuis une semaine. L’électorat de François Fillon lui aussi se maintient en l’espace d’une semaine, à 65%. A noter cependant l’importante fluctuation au cours de la semaine, avec une pointe de sûreté du choix observée le 21 février (72%) avant de retomber à son niveau actuel.

Candidat dont l’électorat est le moins sûr de leur choix parmi les principaux candidats à l’élection, les électeurs d’Emmanuel Macron précisent, eux, leurs intentions ; 48% d’entre eux se déclarent sûrs de leur choix, contre 44% la semaine dernière.

4) Un regain d’intérêt pour la campagne observé chez les Français.

◾Alors que les affaires imputées aux principaux candidats rythment toujours les débats, on observe cette semaine une hausse de l’intérêt porté par les Français à la campagne présidentielle.

En l’espace d’une semaine, la part des personnes interrogées se déclarant intéressées par la campagne a augmenté de 4 points (de 69 à 73%), sans pleinement retrouver l’enthousiasme exprimé il y a deux semaines (76%). Seulement 30% des personnes interrogées jugent la campagne très intéressante (+2 points en une semaine). Cette hausse s’explique principalement par une remobilisation des électorats situés à gauche de l’échiquier politique. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon particulièrement réinvestissent la campagne présidentielle. L’intérêt exprimé par les électeurs potentiels de Mélenchon atteint 76% (+8 points). Quant à Benoit Hamon, l’intérêt pour sa campagne se maintient à 83% sans évolution hebdomadaire. Le regain est important au sein de l’électorat d’Emmanuel Macron : 8 points, pour s’établir aujourd’hui à 85%. A droite, François Fillon devient le candidat menant la campagne la plus intéressante. L’intérêt de ses électeurs potentiels se hisse à 88% (+3 points), et ce malgré l’affaire qui continue encore de freiner le déploiement de sa campagne. L’intérêt que portent les électeurs de Marine Le Pen à sa campagne est toujours stabilisé à 72% malgré une baisse de 1 point.

5) La « course » pour la place du candidat effectuant la meilleure campagne se déplace entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon

◾Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon sont désormais perçus comme les candidats menant les meilleures campagnes, cela malgré un score en recul de 5 points pour Emmanuel Macron (53%) et de 1 point pour Jean-Luc Mélenchon (51%). L’appréciation de la campagne de Benoît Hamon chute de 10 points (47%), alors que le candidat effectuait encore l’une des meilleures campagnes la semaine dernière.

Après plusieurs semaines de tapage médiatique autour des « affaires » et des propos polémiques, la campagne des candidatures « anti-systèmes » incarnées par Emmanuel Macron et Marine Le Pen faiblissent. Les propos tenus par le candidat du mouvement En Marche ternissent le jugement portés sur la qualité de sa campagne. 53% des Français jugent qu’il effectue une « bonne campagne », soit une baisse de 5 points en une semaine.

Si l’affaire des assistants parlementaires du Front National ne semble pas impacter les intentions de vote exprimée sur sa candidature par 26,5% des électeurs, la qualité de la campagne de Marine Le Pen est fortement dépréciée. 46% seulement des Français la jugent bonne, soit une baisse de 5 points en une semaine.

La campagne de François Fillon « se remet doucement » de l’impact du « PenelopeGate » (pourtant encore largement discuté). 30% des Français estiment que le candidat des Républicains mène une bonne campagne (+4 points). Il reste l’un des candidats perçu comme réalisant la moins bonne campagne, juste derrière Nicolas Dupont-Aignan (24%, -5 points).

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 417 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1 500 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.La représentativité de l’échantillon a été assurée selon la méthode des quotas. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 21 au 24 février 2017.

Crédit/source : communiqué Ifop – Frédéric Dabi et Paul Cébille – Département Opinion de l’Ifop